46                         Les Spectacles de la Foire.
remplies de toutes fortes de fleurs et de bouquets qu'elle préfentà à cette nombreufe alTemblée qui fut très-bon gré à la marchande de cette galanterie. Après la repréfentation de la première pièce, un acteur de la troupe s'avança fur le bord du théâtre pour an­noncer aux fpectateurs qu'ils ne pouvoient pas donner la féconde pièce qu'ils avoient promife, l'acteur qui devoit remplir un des rôles fe trouvant indifpofé, et qu'ils étoient tous très-fâchés de ce contre-tems. Le fleur Lécluze, acteur des plus comiques de ce même théâtre, avoit pris la précaution de fe placer comme fpectateur, pendant la première pièce, dans une des premières loges en habit de jardinier, confondu avec toute forte de gens de tous états ; toute l'affemblée fe récria fort fur cette annonce de ne pas jouer la pièce promife ; le feint jardinier fe lève comme tous les autres et dit qu'on prétendoit que la pièce fût jouée, avec tant d'art et d'apparence de vérité que tous les fpectateurs donnèrent parfai­tement dans l'illufion. L'acteur qui avoit déjà fait l'annonce pro-pofa enfin au feint jardinier, qui étoit toujours dans fa loge, de vouloir bien fe charger du rôle de l'acteur malade puifqu'il en avoit l'habit. Le défi fut accepté, le fuppofé jardinier quitta fa place pour paffer au théâtre et joua fon rôle, avec l'appLiudiffe-ment de toute l'affemblée. » Lécluze a prononcé aussi le com­pliment composé par Panard pour la clôture du spectacle de l'O­péra-Comique à la fin de la foire Saint-Germain, le 13 avril 1737. Lorsque le théâtre sur lequel il avait eu de brillants succès fut momentanément fermé en 1745, Lécluze se fit dentiste, et son habileté dans cet art lui procura bientôt une nombreuse clientèle. Il fut même nommé chirurgien-dentiste du roi de Pologne. En 1760, il était à Ferney, chez Voltaire, et y donnait des soins à Mmc Dejûs ; sa présence dans la maison de l'auteur de la Henriade, au moment où Mllc Corneille venait d'y être recueillie, fut cause que Fréron écrivit un article où il'déplorait l'éducation qu'allait recevoir dans un pareil milieu la petite-nièce de Pierre Corneille. Voltaire en eut connaissance, et il écrivit à ce sujet à Lebrun le 30 janvier 1761 ces mots : « Le lieur Lécluze qui n'a-